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Définition
La méthode DCF, pour Discounted Cash Flow, est une méthode d’évaluation immobilière qui consiste à prévoir les flux de trésorerie futurs d’un actif, puis à les actualiser afin de déterminer leur valeur à la date de l’évaluation.
Elle repose sur le principe qu’un euro perçu dans plusieurs années n’a pas la même valeur qu’un euro disponible immédiatement.
Dans une formule simplifiée :
Valeur = somme des flux futurs actualisés + valeur de sortie actualisée.
La RICS présente le DCF comme une méthode explicite de l’approche par le revenu permettant de convertir les flux futurs en une valeur actuelle. Son utilisation dépend de la nature de l’actif, de la qualité des informations et du jugement professionnel de l’évaluateur.
— À quoi ça sert ?
Dans quels cas le DCF est-il particulièrement utile ?
Il est pertinent lorsque les flux évoluent fortement dans le temps, par exemple :
immeuble partiellement vacant
échéances locatives importantes
programme de travaux
restructuration
loyers progressifs
actif exploité
développement
revenus variables
plusieurs scénarios de détention
stratégie value-add
Il peut également être utilisé pour analyser un actif stabilisé, mais sa complexité doit rester proportionnée à la qualité des données disponibles.
— Comment ça fonctionne ou se calcule ?
Comment fonctionne la méthode ?
La méthode comprend généralement cinq étapes :
définir une période de projection
prévoir les revenus
prévoir les dépenses et investissements
déterminer une valeur de sortie
actualiser tous les flux au moyen d’un taux d’actualisation
La période de projection
La durée du DCF peut être :
cinq ans
dix ans
quinze ans
ou toute autre période adaptée à l’actif et à la mission
Elle peut notamment être choisie en fonction :
de la durée de détention envisagée
des échéances des baux
du calendrier des travaux
de la stabilisation de l’immeuble
de la disponibilité des données
du cycle d’exploitation de l’actif
Une durée longue ne rend pas automatiquement le modèle plus précis. Plus la projection s’éloigne dans le temps, plus les hypothèses deviennent incertaines.
Quels revenus sont intégrés ?
Le modèle peut notamment prévoir :
les loyers contractuels
l’indexation
les renouvellements
les relocations
le loyer de marché
les franchises
les loyers progressifs
les revenus de stationnement
les revenus annexes
les indemnités
les recettes liées à certains services
Ces revenus sont généralement construits à partir de l’état locatif et des hypothèses de marché.
Quelles dépenses sont intégrées ?
Selon le niveau de flux retenu, le DCF peut notamment comprendre :
les charges non récupérables
les honoraires de gestion
les assurances
les taxes
l’entretien
les dépenses de commercialisation
les commissions de location
les travaux locatifs
les CAPEX
les travaux de rénovation
les coûts liés à la décarbonation immobilière
les dépenses de cession
Le modèle doit préciser si les flux sont calculés :
avant ou après financement
avant ou après fiscalité
au niveau de l’actif
au niveau des fonds propres
Comment traiter la vacance ?
Le DCF doit intégrer la vacance locative de manière explicite.
Il peut notamment prévoir :
une vacance existante
une vacance après départ
un délai de relocation
une franchise accordée au nouveau locataire
des travaux de remise en état
des honoraires de commercialisation
une probabilité de renouvellement
Une hypothèse de relocation immédiate peut augmenter fortement la valeur et doit donc être justifiée par la profondeur réelle du marché.
Qu’est-ce que la valeur de sortie ?
La valeur de sortie correspond au prix estimé de l’actif à la fin de la période de projection.
Dans un actif de rendement, elle est souvent calculée en capitalisant le revenu stabilisé attendu à cette date :
Valeur de sortie = revenu de sortie / taux de sortie.
Elle doit ensuite être diminuée des frais de cession éventuels, puis actualisée jusqu’à la date de valeur.
La valeur de sortie représente fréquemment une part très importante de la valeur totale produite par le DCF. Elle constitue donc l’une des hypothèses les plus sensibles du modèle.
Qu’est-ce que le taux d’actualisation ?
Le taux d’actualisation traduit le rendement exigé compte tenu :
du risque de l’actif
de la qualité des revenus
de l’incertitude des flux
du marché
de la liquidité
de la durée
du financement, selon le niveau d’analyse
du risque propre au projet
Plus le taux est élevé, plus la valeur actuelle des flux futurs est faible.
Il ne doit pas être confondu avec le taux de capitalisation, même si les deux sont liés aux exigences de rendement.
La formule d’actualisation
Pour un flux perçu à la fin de l’année t :
Valeur actuelle du flux = flux futur / (1 + taux d’actualisation)^t.
La valeur de l’actif correspond ensuite à l’addition de tous les flux actualisés.
DCF avant ou après dette
DCF au niveau de l’actif
Les flux sont généralement calculés avant financement.
La valeur obtenue correspond à la valeur de l’actif indépendamment de sa structure de dette.
DCF au niveau des fonds propres
Les flux intègrent :
les tirages de dette
les intérêts
les remboursements
les refinancements
le produit net revenant à l’investisseur
Le taux d’actualisation et les indicateurs doivent alors être cohérents avec un rendement des fonds propres.
Il ne faut pas mélanger un flux après dette avec un taux correspondant au risque de l’actif avant financement.
Analyse de sensibilité
Le résultat doit être testé en faisant varier les principales hypothèses :
loyers
vacance
indexation
coûts de travaux
calendrier
taux d’actualisation
taux de sortie
valeur de sortie
Une faible variation du taux de sortie ou du taux d’actualisation peut produire une variation importante de valeur.
La sensibilité permet de présenter une fourchette et de comprendre les facteurs qui déterminent réellement le résultat.
Les limites de la méthode
Le DCF donne une apparence de précision grâce au nombre de lignes et de calculs du modèle.
Cette précision est trompeuse si les hypothèses sont fragiles.
Un modèle complexe peut être moins fiable qu’une méthode simple lorsque :
les données locatives sont incomplètes
le marché est peu transparent
les coûts sont mal connus
la stratégie n’est pas définie
la valeur de sortie est arbitraire
les flux sont excessivement optimistes
La RICS rappelle que toutes les méthodes deviennent moins fiables lorsque les données sont insuffisantes ou peu sûres.
— Exemple immobilier concret
Un actif doit produire les flux suivants :
année 1 : 0,80 M€
année 2 : 0,85 M€
année 3 : 0,90 M€
année 4 : 0,95 M€
année 5 : 1 M€
valeur de sortie en année 5 : 20 M€
Avec un taux d’actualisation de 7 %, la valeur actuelle de ces flux ressort à environ 17,9 M€.
La valeur est inférieure à la somme nominale des flux futurs, car chacun d’eux est actualisé selon sa date de perception et son niveau de risque.
— Différences avec les notions proches
Méthode DCF et capitalisation : quelle différence ?
La méthode par capitalisation applique généralement un taux à un revenu représentatif :
Valeur = revenu / taux de capitalisation.
Elle peut intégrer implicitement les perspectives de croissance, les risques et les variations futures.
La méthode DCF projette explicitement :
les loyers
la vacance
les dépenses
les travaux
les indexations
la cession
La RICS distingue ainsi les modèles implicites de capitalisation et les modèles DCF explicites, qui détaillent les évolutions futures des flux.
DCF et business plan immobilier
Le business plan immobilier présente l’ensemble des hypothèses opérationnelles et financières du projet.
La méthode DCF utilise tout ou partie de ces flux pour déterminer une valeur actuelle.
Un business plan peut être établi sans calculer une valeur DCF. À l’inverse, une méthode DCF repose nécessairement sur un scénario de flux comparable à un business plan.
DCF et TRI immobilier
Le TRI immobilier est le taux qui annule la valeur actuelle nette des flux.
Dans un DCF :
le taux d’actualisation est une hypothèse utilisée pour calculer une valeur
le TRI est un résultat calculé à partir d’un prix initial et des flux prévus
Les deux peuvent être comparés pour apprécier l’attractivité de l’investissement.
— Points de vigilance
Les principales erreurs consistent à :
utiliser un horizon trop long sans justification
surestimer les loyers futurs
sous-estimer la vacance
oublier les mesures d’accompagnement
sous-évaluer les CAPEX
utiliser un taux d’actualisation incohérent avec les flux
calculer une valeur de sortie sur un revenu non stabilisé
ne pas déduire les frais de cession
compter deux fois le même risque
mélanger flux avant dette et après dette
ne pas tester les hypothèses
considérer la valeur produite par le modèle comme une certitude
Le DCF est un outil permettant d’expliciter les hypothèses et leurs conséquences. Sa qualité dépend davantage de la pertinence des données et du raisonnement que de la sophistication du fichier de calcul.
— Notions associées
Business plan immobilier
Cash-flow immobilier
Comité d’investissement
État locatif
Évaluation immobilière
Loyer de marché
Loyer économique
Taux d’actualisation
Taux de capitalisation
TRI immobilier
Vacance locative
Valeur de sortie
Valeur vénale
— Auteur
Julien Roué
— Sources
RICS
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