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Définition
L’évaluation immobilière est le processus consistant à déterminer la valeur d’un actif ou d’un droit immobilier, à une date donnée, selon une base de valeur et une méthode clairement identifiées.
La RICS définit une évaluation comme une opinion de valeur établie sur une base déterminée et à une date précise. Une évaluation suppose donc de préciser au minimum :
ce qui est évalué
la date de valeur
l’objectif de la mission
la base de valeur retenue
les hypothèses
la méthode utilisée
L’évaluation ne consiste pas uniquement à appliquer une formule. Elle repose sur l’analyse de l’actif, du marché, des revenus, des risques et des hypothèses retenues.
— À quoi ça sert ?
Une évaluation immobilière peut être réalisée dans de nombreux contextes :
acquisition
cession
financement
refinancement
reporting financier
comptes IFRS
fiscalité
assurance
contentieux
succession
apport en société
restructuration
suivi d’un fonds
arbitrage d’un actif
préparation d’un comité d’investissement
La valeur recherchée et la méthode utilisée dépendent de la finalité de la mission.
Une évaluation préparée pour un financement bancaire ne répond pas nécessairement aux mêmes hypothèses qu’une évaluation réalisée pour une négociation, un contentieux ou des comptes consolidés.
Que peut-on évaluer ?
L’évaluation peut porter sur :
un immeuble
un terrain
un portefeuille
un droit au bail
un usufruit
une nue-propriété
un bail à construction
un droit réel
une participation dans une société immobilière
un projet de développement
un actif en cours de construction
un fonds de commerce comportant une composante immobilière
Il faut identifier précisément le droit évalué. La valeur de la pleine propriété d’un immeuble n’est pas la même que celle d’un droit temporaire ou d’une participation dans la société qui le détient.
— Comment ça fonctionne ou se calcule ?
Quelles sont les principales bases de valeur ?
La valeur vénale
La valeur vénale correspond au montant estimé auquel un actif pourrait être échangé, à la date d’évaluation, entre un acheteur et un vendeur consentants, dans une transaction réalisée dans des conditions normales de marché.
Elle ne correspond pas nécessairement :
au prix demandé
au prix historique
au montant de la dette
au coût de construction
au prix qu’un acquéreur particulier serait prêt à payer
Le loyer de marché
Le loyer de marché correspond au montant estimé auquel un droit immobilier pourrait être loué, à la date d’évaluation, entre un bailleur et un preneur consentants, selon des conditions de bail appropriées et dans une transaction normale.
La définition RICS distingue clairement la valeur de marché de l’actif et le loyer de marché auquel il pourrait être loué.
La juste valeur
La juste valeur est notamment utilisée dans certains contextes comptables.
La définition dépend du référentiel applicable, par exemple IFRS 13. Elle ne doit pas être confondue automatiquement avec la valeur vénale, même si les deux notions peuvent aboutir à des résultats proches selon le contexte.
La valeur d’investissement
La valeur d’investissement correspond à la valeur d’un actif pour un investisseur déterminé, compte tenu de ses objectifs, de son financement, de sa fiscalité ou de ses synergies propres.
Elle peut être différente de la valeur vénale, qui repose sur une lecture du marché dans son ensemble.
Quelles sont les principales méthodes d’évaluation ?
Les standards internationaux distinguent généralement trois grandes approches : l’approche par le marché, l’approche par le revenu et l’approche par le coût.
La méthode par comparaison
Elle consiste à analyser des transactions ou des références locatives portant sur des actifs comparables.
Les comparables doivent être ajustés en fonction notamment :
de la localisation
de la date
de la surface
de l’état
de l’usage
de la situation locative
des conditions de vente
des droits transférés
Cette méthode est particulièrement utilisée lorsqu’un marché suffisamment actif et transparent permet d’identifier des références pertinentes.
La méthode par capitalisation
Elle consiste à appliquer un taux de capitalisation à un revenu immobilier.
Dans une formule simplifiée :
Valeur = revenu / taux de capitalisation.
Cette méthode suppose de déterminer :
le revenu pertinent
les éventuels retraitements
le taux correspondant au risque, au marché et à la qualité de l’actif
La méthode DCF
La méthode DCF consiste à prévoir les flux futurs de l’actif, puis à les actualiser à l’aide d’un taux d’actualisation.
Elle permet notamment d’intégrer :
les échéances locatives
les périodes de vacance
les travaux
les franchises
les indexations
les financements, selon le niveau d’analyse
la valeur de sortie
La méthode par le coût
Elle estime le coût nécessaire pour remplacer ou reconstruire un actif présentant une utilité équivalente, en tenant compte notamment :
du coût du terrain
du coût de construction
de la vétusté
de l’obsolescence
des caractéristiques particulières
Elle est notamment utile pour certains actifs spécifiques disposant de peu de comparables.
La méthode résiduelle
Pour un terrain ou un projet de développement, l’évaluateur peut partir de la valeur prévisionnelle du programme achevé et déduire :
les travaux
les honoraires
les taxes
les frais financiers
les aléas
la marge du promoteur
Cette approche est proche de la logique du bilan promoteur.
Comment choisir la méthode ?
Le choix dépend notamment :
de la nature de l’actif
de son occupation
de la disponibilité des comparables
de la stabilité des revenus
de la maturité du projet
de la finalité de l’évaluation
de la qualité des informations disponibles
Un immeuble entièrement loué pourra être analysé principalement par ses revenus.
Un logement vacant situé dans un marché très actif pourra être évalué principalement par comparaison.
Un terrain destiné à une opération de promotion pourra nécessiter une méthode résiduelle.
Plusieurs méthodes peuvent être utilisées puis rapprochées afin de vérifier la cohérence du résultat.
Quel est le rôle de la due diligence ?
La due diligence immobilière permet de vérifier les informations juridiques, techniques, locatives, financières et environnementales utilisées dans l’évaluation.
Elle peut révéler :
un départ locatif
des travaux
un contentieux
une servitude
une pollution
une non-conformité
une dépense réglementaire
un risque climatique
Ces éléments peuvent modifier :
le revenu
le taux
les coûts
la durée de détention
la valeur finale
L’évaluateur doit donc identifier les informations vérifiées, les informations fournies par le client et les hypothèses retenues.
L’importance de la date de valeur
Une évaluation s’applique à une date déterminée.
Elle peut évoluer rapidement en raison :
d’un changement de taux
d’une nouvelle transaction
d’une signature ou résiliation de bail
d’une évolution réglementaire
d’un sinistre
d’un changement de marché
d’une modification du projet
Une valeur établie six mois auparavant ne peut pas être réutilisée automatiquement sans vérifier si les conditions ont changé.
— Exemple immobilier concret
Un immeuble produit un revenu annuel net de 1 000 000 €.
Si le revenu est capitalisé à 5 %, sa valeur théorique ressort à :
1 000 000 € / 5 % = 20 000 000 €.
Si le taux passe à 5,5 %, la valeur ressort à environ :
1 000 000 € / 5,5 % = 18 181 818 €.
Une variation de 0,5 point du taux entraîne donc une baisse de valeur d’environ 1,8 M€.
Cet exemple montre que la valeur dépend à la fois :
du revenu retenu
du taux choisi
des hypothèses de marché
des risques attachés à l’actif
— Différences avec les notions proches
Évaluation et prix : quelle différence ?
Le prix est le montant effectivement demandé, offert ou payé lors d’une transaction.
La valeur est une estimation établie selon une base et des hypothèses déterminées.
Les standards internationaux rappellent que le prix et la valeur peuvent être différents.
Un prix peut être influencé par :
une situation d’urgence
une négociation particulière
une synergie propre à l’acquéreur
un manque d’information
une vente entre parties liées
un financement exceptionnel
une forte concurrence
Une transaction constitue une information de marché, mais ne représente pas automatiquement la valeur de tous les actifs comparables.
Évaluation et expertise immobilière : quelle différence ?
Le terme évaluation est général. Il désigne la détermination d’une valeur.
L’expertise immobilière désigne généralement une mission plus formalisée, réalisée par un professionnel qui :
définit son périmètre
collecte et vérifie les informations
inspecte le bien lorsque la mission le nécessite
expose les méthodes
justifie les hypothèses
formule une conclusion
engage sa responsabilité professionnelle
Une estimation commerciale rapide ne présente pas le même niveau de fiabilité, d’indépendance et de documentation qu’un rapport d’expertise complet.
— Points de vigilance
Les principales erreurs consistent à :
ne pas préciser la base de valeur
confondre prix et valeur
utiliser des comparables non pertinents
retenir un revenu non durable
appliquer un taux sans justification
ignorer les franchises et travaux
ne pas tester les hypothèses
mélanger plusieurs dates de référence
utiliser une méthode trop complexe pour masquer des données fragiles
ne pas distinguer valeur de marché et valeur propre à un investisseur
considérer l’évaluation comme une vérité exacte
L’évaluation constitue une opinion professionnelle argumentée. Elle produit une estimation, et non une certitude sur le prix qui sera effectivement obtenu.
— Notions associées
Bilan promoteur
Business plan immobilier
Due diligence immobilière
Loyer de marché
Méthode DCF
Taux d’actualisation
Taux de capitalisation
Valeur de sortie
Valeur vénale
— Auteur
Julien Roué
— Sources
RICS
IFRS 13
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